Adapter un jeu vidéo en série ou en film revient à retirer l’élément qui définissait justement l’expérience originale : la possibilité d’agir, de choisir, d’échouer et de recommencer. Ce transfert, en apparence simple, explique la majorité des déceptions rencontrées par ce type de projet.
L’agentivité du joueur disparaît à l’écran
Dans un jeu, une scène marquante tire sa force du fait que le joueur l’a lui-même provoquée : un choix de dialogue, une décision de combat, un chemin exploré plutôt qu’un autre. Une série ne peut reproduire ce sentiment d’agentivité : elle impose un déroulement fixe, identique pour chaque spectateur, ce qui retire mécaniquement une partie de l’intensité ressentie initialement par le joueur devant sa manette.
Les scénaristes qui adaptent un jeu doivent donc trouver une autre source de tension dramatique que le contrôle du joueur : approfondir des personnages secondaires, développer un contexte à peine esquissé dans le jeu original, ou changer d’angle sur des événements déjà connus des joueurs.
Les adaptations qui réussissent changent de point de vue
Les adaptations les mieux reçues évitent en général de simplement filmer la trame du jeu scène par scène. La série télévisée The Last of Us, adaptée du jeu du même nom, développe par exemple des épisodes entiers centrés sur des personnages secondaires, une liberté que la structure du jeu original, centrée sur deux protagonistes, ne permettait pas de la même façon.
Ce déplacement de point de vue permet de proposer quelque chose de nouveau, même aux joueurs qui connaissent déjà l’histoire par cœur, plutôt que de leur servir une simple retranscription filmée de séquences qu’ils ont déjà vécues au clavier ou à la manette.
Quelques cas documentés, du côté animé
La série animée Arcane, adaptée de l’univers du jeu League of Legends, illustre une autre stratégie : plutôt que de suivre les événements d’une partie jouée, elle construit une histoire originale autour de personnages déjà connus des joueurs, sans chercher à retranscrire un déroulement de match. Cyberpunk: Edgerunners, série d’animation tirée de l’univers de Cyberpunk 2077, suit une logique comparable en racontant une histoire annexe plutôt qu’en filmant le scénario du jeu.
Ces deux exemples partagent un même choix : traiter l’univers du jeu comme un décor à explorer plutôt que comme un scénario à recopier, une approche qui limite justement l’écueil de l’agentivité perdue puisqu’elle ne cherche pas à reproduire une expérience de contrôle qui n’existait, de toute façon, pas de la même façon pour ces personnages secondaires.
La fidélité, un critère mal compris
Une adaptation fidèle n’est pas celle qui reproduit chaque décor ou chaque ligne de dialogue à l’identique, mais celle qui conserve l’intention et le ton de l’œuvre d’origine en s’adaptant aux contraintes propres à un autre média. Juger une adaptation sur sa seule ressemblance visuelle avec le jeu revient à ignorer que certains changements de rythme ou de structure narrative sont, au contraire, nécessaires pour fonctionner à l’écran.
Ce malentendu sur la fidélité alimente une bonne partie des débats de communauté autour de chaque nouvelle annonce d’adaptation, bien avant que le résultat final ne soit connu, un phénomène qui rejoint la manière dont une date de sortie de jeu est elle-même scrutée et commentée dans notre rubrique Jeux & Sorties, où chaque nouvelle annonce déclenche des attentes tout aussi difficiles à combler que celles entourant une adaptation.







